vendredi 20 avril 2012

origines bénies

Mes yeux noirs foncés ce matin, la patience est encore restée au chaud dans mon lit. Mais je ne dis rien, je me ferme plutôt que de rouspéter. Mes rêves sont encore dans mes yeux bouffis, dans les poches juste en dessous. Je vois la vie, les humains, encore avec ces yeux. Pas réveillée, malgré le café que j'ai presque tout bu. Le lunch dans la boîte, les sacs dans l'auto, le fiston à peu près prêt pour sa journée, et mon corps sur le pilote automatique. Les mêmes rues, le même trajet de tous les jours, pendant que ma tête rêve encore dans mon lit, couchée en cuiller avec ma patience de tantôt.
J'ai vu cet adolescent innu, inuit, esquimau, habillé en citadin avec sa casquette de yo et son manteau normal d'adolescent. Je l'ai projeté dans le temps, dans la neige avec son manteau de peau et son grand capuchon de poil, le temps de le regarder traverser, le dos courbé par ses ancêtres et la lèvre pendante de sommeil, lui aussi. Traversé St-Sauveur et ses merveilles populaires à chaque pouce carré.
Monté la côte Salaberry, je n'en ai que peu de souvenirs. Encore couchée trop tard, avec les idées qui me foisonnaient en sursaut, juste avant le sommeil. Rallumer la lumière 2 fois pour les noter. Enfin les idées viennent, encore quand c'est pas trop le moment.

Lumière rouge dans St-Jean-Baptiste, tout près de l'école. Je vois cette incroyable beauté de jeune fille, celle que je vois presque à tous les matins depuis 5 ans. Je l'ai vue grandir. Je me dis qu'elle vient de la Mongolie. Quand je ne sais pas, j'invente. Je l'habille avec des tissus colorés, brodés de traditions. Et ce matin, devenue une adolescente de 16 ans, elle a un manteau de cuir noir et des bottes pour aller avec. Ses longs cheveux noirs et son visage parfait sont comme un mystère qui marche. Elle continue de me fasciner.

Je croise le regard d'un homme à la peau basanée, petit, avec une moustache bien noire. Je me demande d'où il vient. Il pourrait venir de 20 endroits différents. Philippines, Amérique du Sud, Amérique Centrale, Mexique. Je ne devine pas. Trop endormie. Nos regards se regardent un moment. J'aime ça. J'aime quand les yeux arrivent à se parler. Ça demeure quelque chose de rare, dans z'bas monde en ville.
Mes yeux sont si bouffis, que j'ai l'impression de le regarder par deux craques. J'ai des yeux d'innu, d'inuit, d'esquimaue, de mongole (héhé) et des yeux de Philippinoise, pis quoi encore. Tout ça. Avec des rêves qui continuent de rêver dans leurs poches à yeux.

J'avance dans les rues avec tout ça qui s'écrit dans ma tête. Je vais vers mes mots, je sens que je vais au moins me ruer un peu ici avant d'aller me recoucher.

Je pense au film muet qui passe sur ma vie. Cette bénédiction précieuse. D'où viens tu ? Tes origines, c'est quoi. J'ai comme seule question celle-là qui persiste. Mais non, je ne la dirai pas. Et surtout, ne me réponds pas, ne brise pas ce silence qu'on partage. Je ne veux rien savoir. Je veux mais je ne veux pas. C'est un rêve, un film. Ne brise pas mon rêve, ne dis rien. Wong Kar Wai nous accompagne. Je t'invente un pays à chaque fois. C'est parfait, tout est parfait. Ne réponds pas, nous ne sommes pas là pour parler. C'était la promesse et elle tient toujours. Laisse moi t'inventer des ancêtres. Vietnam, Chine, Japon (impossible), Philippines encore, Laos, je ne sais plus mon Asie. J'en perds mon lapin.

Mon lit m'appelle, je retourne finir ce que j'ai commencé, ce qui s'est terminé brutalement au son de mon réveil qui n'arrêtait pas de me faire jouer la mélodie de Love Tastes like Strawberries de Miriam Makeba, comme à tous les matins. Je lui ai dit plusieurs fois de s'arrêter, mais. L'obligation.

J'ai fait un smoothies aux bleuets pour Fiston ce matin. Failli m'endormir sur la switch du blender, c'est dire si rien au monde n'aurait pu me tirer le sommeil du corps.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire