jeudi 23 février 2012

poésie du soir qui s'étire comme un chat

le ciel et ses joues roses
le peu d'étoiles comme des grains de beauté
et la lune en forme de berceau pour aller se coucher dedans

dimanche 19 février 2012

Aguas de Março

Le bonheur s'étant faufilé dans mon rêve, et le rêve devenu réalité quand j'ai ouvert les yeux, ya des matins comme ça, les cheveux défaits de la bonne façon, le pied gauche avant le droit ou l'inverse, j'étais particulièrement de bonne humeur. Après mes rituels de matins de fin de semaine, j'ai dit hop, allez hop, je vais dehors. Soleil m'appelle. Pas sortie de mon entrée que je souriais déjà toute seule pour rien. Regain de vie dans un rayon de soleil, les corneilles sont contentes et la fille aussi.
Il y a de la glace, il y a des miroirs partout dans les rues, et je marche en plein milieu pour éviter la glace sur les trottoirs croches, jusqu'aux limites de St-Sauveur, parce qu'à St-Sauveur on marche au milieu de toutes façons, glace pas glace.
J'ai vu des gens qui déménageaient un vieux divan en faux cuir bourgogne un peu défoncé, un lit capitaine en mélamine blanc et leurs cheveux sales devant chez Jos Dion. Un petit couple qui marchait trop près derrière moi se racontait des conversations ordinaires que je n'avais pas envie d'entendre et j'avais, d'une part, envie d'avoir des écouteurs, et d'autre part, envie de rire. Je ne leur ai jamais vu les faces, juste entendu leur conversation normale et ordinaire pendant plusieurs blocs. J'avais pas envie d'entendre ça mais en même temps j'étais aussi bien de rire.
J'ai vu un monsieur avec une canne toute amochées et du masking tape pour tenir un oeil de ses lunettes. J'ai eu envie de lui dire un beau bonjour et finalement je me suis juste dit que j'étais chanceuse de ne pas avoir de canne et des lunettes tépées, avec une barbe grise aux allures douteuses et un manteau d'hiver qui zippe pus.
Chanceuse, vous dites?
Je suis une ouate dans la ouate.

Me suis arrêtée à la Boite à Pain m'acheter un croissant pour manger en pleine rue, pas de sac juste une napkinne. Gelé mes doigts un peu mais j'avais faim et c'était pas très long, malgré que la fille m'avait donné le plus gros croissant de la batch.
J'allais chez Brico-déco m'acheter des fournitures de peinture, c'était mon but ultime, au bout de St-Joseph.
La fille à la caisse avait vraiment une drôle de coiffure, fallait pas trop que je la regarde, sinon j'allais crouler de rire. On dirait qu'elle avait été prise dans un espèce de vortex. C'était comme tout tourné, comme si elle avait pris un méchant coup de vent. Permanent. Mais ça sentait juste l'encens toxique, chez Brico Déco, y'avait pas de vent. Aussi, et surtout, ça m'a tellement fait penser à une machine de barbe à papa, tsé comment ça tourne et que tu attrapes les p'tits cheveux fins roses autour du cornet de papier pour en faire un gros tapon de barbe à papa ?
En tout cas, je me comprends, c'était vraiment ça. À partir du moment ou j'ai formulée cette image dans ma tête, j'étais pus capable de regarder.
En arrivant dehors j'ai juste fait : "Siii-bole."
bon je mets un p'tit dessin, vu qu'une image vomit le mot.



Mon dessin est vraiment laid !
Je sais c'est pas fin rire du monde je sais. Mais je riais à rien ce matin, autant rire de quelque chose.
Au retour, j'ai fait quelques photos. J'ai spottée la madame au manteau de fourrure qui trimballe toujours son caddy en peau de girafe, à roulettes. Je la vois toujours en ville et je ne peux jamais la prendre en photo, c'est jamais vraiment le moment.  Et là, c'était le moment, j'ai presque couru, parce qu'elle était un peu loin devant. Et je l'ai croquée, et j'ai fait une photo que j'aime beaucoup. Contente.
Puis j'ai marché jusque chez-moi, dans le froid et la lumière, en voyant des drôles de choses que le soleil faisait sur les murs des maisons, et la glace qui devenait eau. Me fait toujours penser aux eaux de mars. La promesse de vie.

Encore je dis merci à mes amis, ceux que je connais, ceux que je rencontre, ceux qui mettent des mots, comme moi, sur les maux et les beaux, ceux qui me font des surprises incroyables même jusque chez moi, c'est beau comme la vie, c'est beau comme Elis Regina et Tom Jobim. Un chemin qui chemine, un reste de racine, c'est un peu solitaire.....


Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire
C'est un éclat de verre, c'est la vie, le soleil
C'est la mort, le sommeil, c'est un piège entrouvert

Un arbre millénaire, un nœud dans le bois
C'est un chien qui aboie, c'est un oiseau dans l'air
C'est un tronc qui pourrit, c'est la neige qui fond
Le mystère profond, la promesse de vie

C'est le souffle du vent au sommet des collines
C'est une vieille ruine, le vide, le néant
C'est la pie qui jacasse, c'est l'averse qui verse
Des torrents d'allégresse, ce sont les eaux de Mars

C'est le pied qui avance à pas sûr, à pas lent
C'est la main qui se tend, c'est la pierre qu'on lance
C'est un trou dans la terre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire

C'est un oiseau dans l'air, un oiseau qui se pose
Le jardin qu'on arrose, une source d'eau claire
Une écharde, un clou, c'est la fièvre qui monte
C'est un compte à bon compte, c'est un peu rien du tout

Un poisson, un geste, c'est comme du vif argent
C'est tout ce qu'on attend, c'est tout ce qui nous reste
C'est du bois, c'est un jour le bout du quai
Un alcool trafiqué, le chemin le plus court

C'est le cri d'un hibou, un corps ensommeillé
La voiture rouillée, c'est la boue, c'est la boue
Un pas, un pont, un crapaud qui croasse
C'est un chaland qui passe, c'est un bel horizon
C'est la saison des pluies, c'est la fonte des glaces
Ce sont les eaux de Mars, la promesse de vie

Une pierre, un bâton, c'est Joseph et c'est Jacques
Un serpent qui attaque, une entaille au talon
Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire

C'est l'hiver qui s'efface, la fin d'une saison
C'est la neige qui fond, ce sont les eaux de Mars
La promesse de vie, le mystère profond
Ce sont les eaux de Mars dans ton cœur tout au fond

Un pas, une " ... pedra é o fim do caminho
E um resto de toco, é um pouco sozinho ... "
Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire...

Le français, c'est de Moustaki. 







mardi 7 février 2012

C'est fou ce qu'on peut trouver dans un char sur des post-it. En tout cas, dans le mien, ya une mine d'or, j'vous dis pas. Des morceaux de mes états d'âme et des adresses que je pensais avoir perdues après m'être perdue. Même l'autre fois j'ai pu faire ma fière à bras dans le grand Montréal en récupérant une adresse grifonnée en toute urgence de vivre avec une vieille gomme collée dessus. J'ai pu me rendre chez mon ami toute seule et en prime l'impressionner (peut-être).
Et là je m'excite devant ce ènième blog flambant neu, lieu où je permets de déblatèrer sur ce qu'on pourrait trouver dans le fond de mon char. C'est fou hein.
Entre les vieilles miettes de chips et de chocolatines et les boîtes de jus à Mali, ya une petite vie qui s'écrit sur des vieux papiers disparates.

(un autre vieux brouillon de je sais plus quand, qui m'a fait sourire.)

jeudi 2 février 2012

René et Jojo

cette chanson de Mountain Man que j'ai dans le coeur à chaque fois que je vais dans ma campagne -
depuis l'été, ou l'autre d'avant, je ne sais plus...mais les yeux des mésanges et les traces d'animaux, ça me parle. Surtout avec des voix d'ange qui ne peuvent vivre que dans les coeurs. En fait, je l'ai vraiment souvent dans le coeur, cette chanson-là. Même si c'est une chanson d'été, c'est comme ma chanson de l'année, genre.

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Contente d'avoir vue cette grande mer blanche qui recouvre les montagnes. Pas trop de vent et des millions de soleils. J'ai dormi ma première nuit chez ma voisine de d'dans l'temps. On a bu notre cava pour fêter le jour de l'an qu'on n'avait pas encore fêté ensemble. Toujours un grand bien d'y être, de voir les étoiles le soir, d'écouter le silence enfin, de dormir avec un oreiller d'aiguilles de sapin et me réveiller à regarder les têtes blanches des arbres, avec Fiston qui partageait mon lit.
Puis ne pas me sentir pressée de rien, prendre le temps que ma copine essaie de me montrer à me crocheter ce foulard que je voudrais me crocheter...Mais comme mon amie est superhérose de tricot et autres manualités, et que moi je suis un pied dans le domaine, j'ai essayé d'écouter la leçon mais j'ai fini par décider que je reviendrais avec mon équipement, la prochaine fois, question d'avoir du réel à rattacher au fil, plutôt que d'apprendre tout ça et ne me souvenir de rien en arrivant chez moi...

N'empêche qu'on a bien papotté à côté du poêle et que c'est bien là que mon petit coeur se devait d'être. Puis j'ai été appelée, en milieu d'après midi, à poursuivre ma tournée des amis choisis. On devait aller au village rejoindre Hugo qui arrivait de Montréal, lui aussi avec son fiston.

En me rendant à sa rencontre, j'ai ramassé Jojo sur le bord de la route vers le village, parce que Jojo est toujours marchant sur le bord de la route quand je passe, beau temps, mauvais temps. Vieux corbeau, vieille corneille. Renfrogné mais si sympathique personnage. En combat constant contre les éléments, contre ses éléments, contre lui-même et contre la vie, et pourtant un grand grand grand amoureux de la vie. Allez donc comprendre. Fait longtemps que j'ai arrêté d'essayer. Vieux sauvage déguisé en coureur des bois, l'homme qui murmure à l'oreille des chevaux...

Rejoint Hugo au village, droppé Jojo au village. Sans cérémonie, parce que quand on se voit, c'est toujours comme si c'était hier, et comme si on se revoyait tantôt. Justement.
Fait quelques petites courses pour la soirée chez les autres amis avec Hugo, puis on est repartis vers St-Fortunat en se suivant. Mali embarque avec Hugo et Albert. Yééé je peux fumer une clope dans mon auto !

Et en sortant du village, j'ai re-ramassé Jojo pour le ramener chez-lui.
Ça m'a déjà fait plaisir de le revoir,  et on a poursuivi notre conversation. On s'entend bien, lui et moi. J'arrive à parler, discuter, on est de bons amis, il me laisse même parler de temps à autre ! Mais j'aime bien écouter ses monologues. Vraiment.
Jojo n'a jamais eu d'auto longtemps. La dernière qu'il a eue, je crois, c'était sa vieille et belle mercedes rouge. Mais elle a dû rendre l'âme, et depuis Jojo use ses sniques. Il me racontait d'ailleurs qu'il avait un problème de pied, à cause de ses mauvais sniques et de toute la marche qu'il fait. 
Je l'ai laissé devant chez lui, et c'est là que j'ai aperçue la tête de Mohawk géante en broche à poule, suspendue à un arbre, juste à l'entrée. Puis son cheval. Ni une ni deux, j'éteins le moteur et je sors, faisant signe à Hugo de sortir aussi de son auto. Il nous rejoint et ça y est : Jojo est content. Il nous raconte sa tête de Mohawk et l'effet de la lumière et du vent sur elle, il nous raconte l'arrivée du poulain, l'automne dernier. Il avait alors 3 mois et Jojo est vite devenu sa mère, l'invitant dans la maison, le laissant le suivre et fouiner partout. "Le nez dans toute ce que je fais, mon coffre à outils, n'importe quoi. Des fois y vient se coucher dans maison." et toutes les autres anecdotes que j'avais déjà entendues cent fois de sa bouche mais qu'il me fait toujours plaisir d'entendre, et de voir l'étincelle qu'il a dans les yeux.



Quand j'ai connu Jojo, il y a plus de 10 ans, il avait alors la forme un peu plus, et aussi 4 chevaux. Quatre arabes qu'il cultivait bien bien librement, pour ne pas dire en sauvages. Jamais de selle, l'enclos qui faisait le tour de la maison, et les têtes des chevaux qui pointaient dans la porte patio pour venir sentir en-dedans le plus souvent possible. Son inspiration et toute sa vie, ses bébés, ses enfants.
Pendant un bon six mois, peut-être même un an (maudite mémoire), j'allais travailler chez lui. Je m'y étais fait un petit coin atelier, avec mon chevalet et ma boite de peintures. Je n'avais pas encore d'atelier alors il m'avait proposé d'aller travailler chez-eux, à cause de l'espace ouvert et des grandes fenêtres. J'y allais au moins 5 jours par semaine, à tous les après midi, parfois pour la journée.
Il me faisait un café, c'est d'ailleurs une des premières personnes que j'ai connues, sinon LA première, à avoir une machine à expresso. La joie. On écoutait Radio-Canana, il me parlait, je faisais mm-hmm, et je travaillais pour l'encourager à travailler aussi. On parlait des indiens, il me racontait des histoires, on parlait livres-musique-et tralala.
On regardait les chevaux. Je peignais des chevaux et des p'tites squaws mexicaines, comme je fais encore. Souvent, été comme hiver, j'assistais au spectacle de ses quatre chevaux qui se mettaient à galoper follement autour de la maison, en ruant et/ou en hennissant. Gravés dans ma mémoire pour toujours, ces chevaux quasi-sauvages. Peindre avec 4 chevaux qui courent en fou autour de la maison en pleine tempête de neige, ce sont des images qui ne repartent jamais du coeur...jamais jamais jamais.
J'ai encore une petite tête de cheval en cire d'abeille qu'il a faite, chez moi, que je garde précieusement avec toutes mes autres petites gogosses précieuses.

Une fois mon magnifique petit atelier construit chez-moi, j'allais moins souvent le voir, malgré qu'une petite visite chez Jojo ait toujours fait partie de mes habitudes de campagne. C'était pas loin de chez-nous, des fois je lui apportais du pain que mon chum faisait, et des oeufs que nos poules faisaient, un bout de fromage, quelque chose. On le nourrissait de temps en temps parce qu'il était souvent dans la pauvreté aigue. C'est un sculpteur formidable qui n'arrête jamais de travailler, un artiste incompris, un têtu, un renfrogné, un sauvage, un ci un ça (la liste pourrait être longue), mais ses pièces sont souvent magnifiques, en bronze parfois, s'il est chanceux et déterminé, ou sinon en broche à poule qu'il travaille minutieusement, tourne et tord, pour en faire soit des femmes parfaites presque de grandeur nature, soit des chevaux, ou comme ici, un grosse tête de Mohawk.

Je suis toujours contente de le revoir. Tellement contente qu'il ait à nouveau un poulain de qui s'occuper. Tout noir, noir comme le poêle, tellement que je n'ai pas réussi à le photographier correctement, en plus qu'il était à contre-jour. Il s'appelle René ! Il y avait une histoire avec ça mais je ne m'en souviens déjà plus. Woups. Il me le redira. J'allais écrire "faudrait que je lui redemande", mais je sais qu'il me le redira de toutes manières !
Ses quatre autres chevaux, il les avait perdus il y a quelques années, faute d'argent pour les nourrir convenablement, faute de fonds pour réparer la grange. J'avoue que c'est beaucoup, quatre chevaux pour un seul homme qui en arrache souvent...il a fait ce qu'il a pu, et certainement qu'il a pu goûter à une nouvelle liberté quand un de ses amis lui a proposé de les prendre. Le fardeau s'est soulevé, emportant avec lui ses amours d'animaux chéris....

Solitude à couper au couteau, hermétisme et sauvagerie n'en viendront jamais à bout, de ce Jojo. Puis tout le monde s'en occupe de temps en temps, du moins j'espère que c'est encore comme ça. Par s'occuper de lui, j'entends simplement aller le visiter. Lui illuminer le visage. Écouter ses pierres au coeur de l'heure. Ouais, c'est vrai qu'il a eu plein de milliers de travers et qu'il n'a pas toujours été une partie de plaisir, mais ici, je parle pour moi. Et moi, jamais au grand jamais qu'il n'aura été désagréable avec moi. Juste une franche camaraderie, comme qu'y disent, puis une connivence d'artistes sauvages, peut-être.

Je me souviens de ces moments d'atelier chez-lui comme du beau temps, du ce que je voulais, du ce qui m'a propulsée d'une certaine façon, si ce n'est que pour dessiner des chevaux et des p'tites squaws, si ce n'est que pour lui écrire ces quelques lignes.
Merci Djo !