dimanche 19 février 2012

Aguas de Março

Le bonheur s'étant faufilé dans mon rêve, et le rêve devenu réalité quand j'ai ouvert les yeux, ya des matins comme ça, les cheveux défaits de la bonne façon, le pied gauche avant le droit ou l'inverse, j'étais particulièrement de bonne humeur. Après mes rituels de matins de fin de semaine, j'ai dit hop, allez hop, je vais dehors. Soleil m'appelle. Pas sortie de mon entrée que je souriais déjà toute seule pour rien. Regain de vie dans un rayon de soleil, les corneilles sont contentes et la fille aussi.
Il y a de la glace, il y a des miroirs partout dans les rues, et je marche en plein milieu pour éviter la glace sur les trottoirs croches, jusqu'aux limites de St-Sauveur, parce qu'à St-Sauveur on marche au milieu de toutes façons, glace pas glace.
J'ai vu des gens qui déménageaient un vieux divan en faux cuir bourgogne un peu défoncé, un lit capitaine en mélamine blanc et leurs cheveux sales devant chez Jos Dion. Un petit couple qui marchait trop près derrière moi se racontait des conversations ordinaires que je n'avais pas envie d'entendre et j'avais, d'une part, envie d'avoir des écouteurs, et d'autre part, envie de rire. Je ne leur ai jamais vu les faces, juste entendu leur conversation normale et ordinaire pendant plusieurs blocs. J'avais pas envie d'entendre ça mais en même temps j'étais aussi bien de rire.
J'ai vu un monsieur avec une canne toute amochées et du masking tape pour tenir un oeil de ses lunettes. J'ai eu envie de lui dire un beau bonjour et finalement je me suis juste dit que j'étais chanceuse de ne pas avoir de canne et des lunettes tépées, avec une barbe grise aux allures douteuses et un manteau d'hiver qui zippe pus.
Chanceuse, vous dites?
Je suis une ouate dans la ouate.

Me suis arrêtée à la Boite à Pain m'acheter un croissant pour manger en pleine rue, pas de sac juste une napkinne. Gelé mes doigts un peu mais j'avais faim et c'était pas très long, malgré que la fille m'avait donné le plus gros croissant de la batch.
J'allais chez Brico-déco m'acheter des fournitures de peinture, c'était mon but ultime, au bout de St-Joseph.
La fille à la caisse avait vraiment une drôle de coiffure, fallait pas trop que je la regarde, sinon j'allais crouler de rire. On dirait qu'elle avait été prise dans un espèce de vortex. C'était comme tout tourné, comme si elle avait pris un méchant coup de vent. Permanent. Mais ça sentait juste l'encens toxique, chez Brico Déco, y'avait pas de vent. Aussi, et surtout, ça m'a tellement fait penser à une machine de barbe à papa, tsé comment ça tourne et que tu attrapes les p'tits cheveux fins roses autour du cornet de papier pour en faire un gros tapon de barbe à papa ?
En tout cas, je me comprends, c'était vraiment ça. À partir du moment ou j'ai formulée cette image dans ma tête, j'étais pus capable de regarder.
En arrivant dehors j'ai juste fait : "Siii-bole."
bon je mets un p'tit dessin, vu qu'une image vomit le mot.



Mon dessin est vraiment laid !
Je sais c'est pas fin rire du monde je sais. Mais je riais à rien ce matin, autant rire de quelque chose.
Au retour, j'ai fait quelques photos. J'ai spottée la madame au manteau de fourrure qui trimballe toujours son caddy en peau de girafe, à roulettes. Je la vois toujours en ville et je ne peux jamais la prendre en photo, c'est jamais vraiment le moment.  Et là, c'était le moment, j'ai presque couru, parce qu'elle était un peu loin devant. Et je l'ai croquée, et j'ai fait une photo que j'aime beaucoup. Contente.
Puis j'ai marché jusque chez-moi, dans le froid et la lumière, en voyant des drôles de choses que le soleil faisait sur les murs des maisons, et la glace qui devenait eau. Me fait toujours penser aux eaux de mars. La promesse de vie.

Encore je dis merci à mes amis, ceux que je connais, ceux que je rencontre, ceux qui mettent des mots, comme moi, sur les maux et les beaux, ceux qui me font des surprises incroyables même jusque chez moi, c'est beau comme la vie, c'est beau comme Elis Regina et Tom Jobim. Un chemin qui chemine, un reste de racine, c'est un peu solitaire.....


Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire
C'est un éclat de verre, c'est la vie, le soleil
C'est la mort, le sommeil, c'est un piège entrouvert

Un arbre millénaire, un nœud dans le bois
C'est un chien qui aboie, c'est un oiseau dans l'air
C'est un tronc qui pourrit, c'est la neige qui fond
Le mystère profond, la promesse de vie

C'est le souffle du vent au sommet des collines
C'est une vieille ruine, le vide, le néant
C'est la pie qui jacasse, c'est l'averse qui verse
Des torrents d'allégresse, ce sont les eaux de Mars

C'est le pied qui avance à pas sûr, à pas lent
C'est la main qui se tend, c'est la pierre qu'on lance
C'est un trou dans la terre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire

C'est un oiseau dans l'air, un oiseau qui se pose
Le jardin qu'on arrose, une source d'eau claire
Une écharde, un clou, c'est la fièvre qui monte
C'est un compte à bon compte, c'est un peu rien du tout

Un poisson, un geste, c'est comme du vif argent
C'est tout ce qu'on attend, c'est tout ce qui nous reste
C'est du bois, c'est un jour le bout du quai
Un alcool trafiqué, le chemin le plus court

C'est le cri d'un hibou, un corps ensommeillé
La voiture rouillée, c'est la boue, c'est la boue
Un pas, un pont, un crapaud qui croasse
C'est un chaland qui passe, c'est un bel horizon
C'est la saison des pluies, c'est la fonte des glaces
Ce sont les eaux de Mars, la promesse de vie

Une pierre, un bâton, c'est Joseph et c'est Jacques
Un serpent qui attaque, une entaille au talon
Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire

C'est l'hiver qui s'efface, la fin d'une saison
C'est la neige qui fond, ce sont les eaux de Mars
La promesse de vie, le mystère profond
Ce sont les eaux de Mars dans ton cœur tout au fond

Un pas, une " ... pedra é o fim do caminho
E um resto de toco, é um pouco sozinho ... "
Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire...

Le français, c'est de Moustaki. 







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