jeudi 2 février 2012

René et Jojo

cette chanson de Mountain Man que j'ai dans le coeur à chaque fois que je vais dans ma campagne -
depuis l'été, ou l'autre d'avant, je ne sais plus...mais les yeux des mésanges et les traces d'animaux, ça me parle. Surtout avec des voix d'ange qui ne peuvent vivre que dans les coeurs. En fait, je l'ai vraiment souvent dans le coeur, cette chanson-là. Même si c'est une chanson d'été, c'est comme ma chanson de l'année, genre.

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Contente d'avoir vue cette grande mer blanche qui recouvre les montagnes. Pas trop de vent et des millions de soleils. J'ai dormi ma première nuit chez ma voisine de d'dans l'temps. On a bu notre cava pour fêter le jour de l'an qu'on n'avait pas encore fêté ensemble. Toujours un grand bien d'y être, de voir les étoiles le soir, d'écouter le silence enfin, de dormir avec un oreiller d'aiguilles de sapin et me réveiller à regarder les têtes blanches des arbres, avec Fiston qui partageait mon lit.
Puis ne pas me sentir pressée de rien, prendre le temps que ma copine essaie de me montrer à me crocheter ce foulard que je voudrais me crocheter...Mais comme mon amie est superhérose de tricot et autres manualités, et que moi je suis un pied dans le domaine, j'ai essayé d'écouter la leçon mais j'ai fini par décider que je reviendrais avec mon équipement, la prochaine fois, question d'avoir du réel à rattacher au fil, plutôt que d'apprendre tout ça et ne me souvenir de rien en arrivant chez moi...

N'empêche qu'on a bien papotté à côté du poêle et que c'est bien là que mon petit coeur se devait d'être. Puis j'ai été appelée, en milieu d'après midi, à poursuivre ma tournée des amis choisis. On devait aller au village rejoindre Hugo qui arrivait de Montréal, lui aussi avec son fiston.

En me rendant à sa rencontre, j'ai ramassé Jojo sur le bord de la route vers le village, parce que Jojo est toujours marchant sur le bord de la route quand je passe, beau temps, mauvais temps. Vieux corbeau, vieille corneille. Renfrogné mais si sympathique personnage. En combat constant contre les éléments, contre ses éléments, contre lui-même et contre la vie, et pourtant un grand grand grand amoureux de la vie. Allez donc comprendre. Fait longtemps que j'ai arrêté d'essayer. Vieux sauvage déguisé en coureur des bois, l'homme qui murmure à l'oreille des chevaux...

Rejoint Hugo au village, droppé Jojo au village. Sans cérémonie, parce que quand on se voit, c'est toujours comme si c'était hier, et comme si on se revoyait tantôt. Justement.
Fait quelques petites courses pour la soirée chez les autres amis avec Hugo, puis on est repartis vers St-Fortunat en se suivant. Mali embarque avec Hugo et Albert. Yééé je peux fumer une clope dans mon auto !

Et en sortant du village, j'ai re-ramassé Jojo pour le ramener chez-lui.
Ça m'a déjà fait plaisir de le revoir,  et on a poursuivi notre conversation. On s'entend bien, lui et moi. J'arrive à parler, discuter, on est de bons amis, il me laisse même parler de temps à autre ! Mais j'aime bien écouter ses monologues. Vraiment.
Jojo n'a jamais eu d'auto longtemps. La dernière qu'il a eue, je crois, c'était sa vieille et belle mercedes rouge. Mais elle a dû rendre l'âme, et depuis Jojo use ses sniques. Il me racontait d'ailleurs qu'il avait un problème de pied, à cause de ses mauvais sniques et de toute la marche qu'il fait. 
Je l'ai laissé devant chez lui, et c'est là que j'ai aperçue la tête de Mohawk géante en broche à poule, suspendue à un arbre, juste à l'entrée. Puis son cheval. Ni une ni deux, j'éteins le moteur et je sors, faisant signe à Hugo de sortir aussi de son auto. Il nous rejoint et ça y est : Jojo est content. Il nous raconte sa tête de Mohawk et l'effet de la lumière et du vent sur elle, il nous raconte l'arrivée du poulain, l'automne dernier. Il avait alors 3 mois et Jojo est vite devenu sa mère, l'invitant dans la maison, le laissant le suivre et fouiner partout. "Le nez dans toute ce que je fais, mon coffre à outils, n'importe quoi. Des fois y vient se coucher dans maison." et toutes les autres anecdotes que j'avais déjà entendues cent fois de sa bouche mais qu'il me fait toujours plaisir d'entendre, et de voir l'étincelle qu'il a dans les yeux.



Quand j'ai connu Jojo, il y a plus de 10 ans, il avait alors la forme un peu plus, et aussi 4 chevaux. Quatre arabes qu'il cultivait bien bien librement, pour ne pas dire en sauvages. Jamais de selle, l'enclos qui faisait le tour de la maison, et les têtes des chevaux qui pointaient dans la porte patio pour venir sentir en-dedans le plus souvent possible. Son inspiration et toute sa vie, ses bébés, ses enfants.
Pendant un bon six mois, peut-être même un an (maudite mémoire), j'allais travailler chez lui. Je m'y étais fait un petit coin atelier, avec mon chevalet et ma boite de peintures. Je n'avais pas encore d'atelier alors il m'avait proposé d'aller travailler chez-eux, à cause de l'espace ouvert et des grandes fenêtres. J'y allais au moins 5 jours par semaine, à tous les après midi, parfois pour la journée.
Il me faisait un café, c'est d'ailleurs une des premières personnes que j'ai connues, sinon LA première, à avoir une machine à expresso. La joie. On écoutait Radio-Canana, il me parlait, je faisais mm-hmm, et je travaillais pour l'encourager à travailler aussi. On parlait des indiens, il me racontait des histoires, on parlait livres-musique-et tralala.
On regardait les chevaux. Je peignais des chevaux et des p'tites squaws mexicaines, comme je fais encore. Souvent, été comme hiver, j'assistais au spectacle de ses quatre chevaux qui se mettaient à galoper follement autour de la maison, en ruant et/ou en hennissant. Gravés dans ma mémoire pour toujours, ces chevaux quasi-sauvages. Peindre avec 4 chevaux qui courent en fou autour de la maison en pleine tempête de neige, ce sont des images qui ne repartent jamais du coeur...jamais jamais jamais.
J'ai encore une petite tête de cheval en cire d'abeille qu'il a faite, chez moi, que je garde précieusement avec toutes mes autres petites gogosses précieuses.

Une fois mon magnifique petit atelier construit chez-moi, j'allais moins souvent le voir, malgré qu'une petite visite chez Jojo ait toujours fait partie de mes habitudes de campagne. C'était pas loin de chez-nous, des fois je lui apportais du pain que mon chum faisait, et des oeufs que nos poules faisaient, un bout de fromage, quelque chose. On le nourrissait de temps en temps parce qu'il était souvent dans la pauvreté aigue. C'est un sculpteur formidable qui n'arrête jamais de travailler, un artiste incompris, un têtu, un renfrogné, un sauvage, un ci un ça (la liste pourrait être longue), mais ses pièces sont souvent magnifiques, en bronze parfois, s'il est chanceux et déterminé, ou sinon en broche à poule qu'il travaille minutieusement, tourne et tord, pour en faire soit des femmes parfaites presque de grandeur nature, soit des chevaux, ou comme ici, un grosse tête de Mohawk.

Je suis toujours contente de le revoir. Tellement contente qu'il ait à nouveau un poulain de qui s'occuper. Tout noir, noir comme le poêle, tellement que je n'ai pas réussi à le photographier correctement, en plus qu'il était à contre-jour. Il s'appelle René ! Il y avait une histoire avec ça mais je ne m'en souviens déjà plus. Woups. Il me le redira. J'allais écrire "faudrait que je lui redemande", mais je sais qu'il me le redira de toutes manières !
Ses quatre autres chevaux, il les avait perdus il y a quelques années, faute d'argent pour les nourrir convenablement, faute de fonds pour réparer la grange. J'avoue que c'est beaucoup, quatre chevaux pour un seul homme qui en arrache souvent...il a fait ce qu'il a pu, et certainement qu'il a pu goûter à une nouvelle liberté quand un de ses amis lui a proposé de les prendre. Le fardeau s'est soulevé, emportant avec lui ses amours d'animaux chéris....

Solitude à couper au couteau, hermétisme et sauvagerie n'en viendront jamais à bout, de ce Jojo. Puis tout le monde s'en occupe de temps en temps, du moins j'espère que c'est encore comme ça. Par s'occuper de lui, j'entends simplement aller le visiter. Lui illuminer le visage. Écouter ses pierres au coeur de l'heure. Ouais, c'est vrai qu'il a eu plein de milliers de travers et qu'il n'a pas toujours été une partie de plaisir, mais ici, je parle pour moi. Et moi, jamais au grand jamais qu'il n'aura été désagréable avec moi. Juste une franche camaraderie, comme qu'y disent, puis une connivence d'artistes sauvages, peut-être.

Je me souviens de ces moments d'atelier chez-lui comme du beau temps, du ce que je voulais, du ce qui m'a propulsée d'une certaine façon, si ce n'est que pour dessiner des chevaux et des p'tites squaws, si ce n'est que pour lui écrire ces quelques lignes.
Merci Djo !




2 commentaires:

  1. Je connais Jocelyn très intimement depuis ma naissance. Il était un véritable frère pour mon père et le meilleur ami de ma mère. Il a marqué, entre autres, ma façon de voir le monde et de le ressentir. Je le reconnais en partie dans ce que tu écris et c'est bien beau de lui rendre hommage ainsi. Jojo, ce peau rouge qui ne marchera jamais en file indienne... Il aurait un sourire en coin si il pouvait lire ton texte. Comme il n'a toujours pas besoin du téléphone et encore moins d'internet pour vivre sa vie d'homme libre, ça ne risque pas d'arriver. Merci pour le partage Virgini !

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    1. très très très contente que tu aies pu reconnaître Jojo dans mes mots. Tu as de la chance de l'avoir connu si petite...Un grand être sensible, un homme qui façonne et allume le regard sur la vie, sans aucun doute... j'aime comment tu dis "ce peau rouge qui ne marchera jamais en file indienne"- eh voilà.
      Je me sens privilégiée d'avoir passé bien des moments à ses côtés -
      un authentique, et c'est bien peu dire !
      Contente de t'avoir partagé ça ! :)

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